Tim Rudkins, Coach pour les Petites Entreprises & Solopreneur

Les grandes entreprises ont des discours bien rôdés, mais rares sont celles qui ont une vision, et encore moins des valeurs. Dans la majorité des cas, la vision du futur et les valeurs qu’elles communiquent sont simplement des discours marketing sans fondement, destinés à leurs clients ou employés. Faire du profit est la plupart du temps leur vision et l’histoire est là pour prouver que c’est aussi une de leur préoccupation. Les entreprises publiques sont légalement tenues de respecter leurs obligations fiduciaires et d’agir au mieux des intérêts de leurs actionnaires. C’est un discours déguisé pour leur permettre de réaliser des profits. Il n’y a pas meilleur exemple que celui d’Anita Roddic et The Body Shop, une des entreprises initialement orientée vers une dimension éthique pour ses clients. The Body Shop a finalement été vendu à L’Oréal et l’ambition de se soucier de l’environnement a depuis été abandonnée. Peut-être pas d’un point de vue marketing mais dans la pratique en tout cas, puisque L’Oréal doit répondre aux exigences des actionnaires.

Alors comment faire pour qu’une petite entreprise puisse fonder et maintenir sa vision et ses valeurs? Avant tout – qu’elle reste petite! Plus vous grandissez, même si vous ne devenez pas une société publique, plus les tentations de s’incliner devant l’autel de l’argent seront nombreuses, et cela augmentera avec l’arrivée de nouveaux employés. Les gens ont besoin d’être payés, les biens d’être achetés, les machines d’êtres alimentées et le seul facteur qui est capable de faire cela est l’augmentation du chiffre d’affaires assortie à la baisse des exigences morales sur la façon de générer ce profit.

Les autres manières d’adhérer à une vision et de maintenir les valeurs d’une entreprise sont de les écrire et de les afficher à un endroit où vous les voyez tous les jours. Si vous être propriétaire d’un commerce, mettez-les sur le mur afin que clients puissent les voir. Ils seront les premiers à vous dire que vos valeurs déclinent ou vous échappent! Si vous souhaitez une société où les gens sont traités comme des êtres humains, alors sortez et parlez à vos équipes tout simplement. Cela me rappelle une visite que j’ai eu l’occasion de faire à Krug Furniture à Kitchener dans les années 1980 alors que j’étudiais à l’école de commerce.

A cette époque, la mode pour les entreprises était de de pratiquer l’effet de levier ce qui signifiait contracter un tas de prêts, les rentabiliser, puis utiliser les revenus de l’entreprise pour rembourser les prêts. L’idée était que le pourcentage de croissance sur vos revenus générés grâce aux prêts serait supérieur au taux d’intérêt appliqué à vos emprunts. Krug Furniture était une entreprise familiale (fondée dans les années 1880), qui était fière de la qualité de ses meubles et de l’implication de ses employés. Le nom de famille du patron était Krug et quand quelqu’un lui demandait pourquoi sa société ne contractait pas de prêt pour se développer il répondait qu’il était inquiet au sujet de ses employés et de la situation que les prêts pourraient engendrer. Puis quelqu’un le renseigna sur cette technique d’amortissement en lui disant que ce ne serait pas un problème si l’entreprise vendait plus. Le chef d’entreprise prit le temps de la réflexion puis répondit – « Peut-être, mais que va-t-il se passer si nous ne faisons pas plus de ventes et si les taux d’intérêts augmentent? Qu’adviendra-t-il de l’entreprise et des employés? »

En d’autres mots, les valeurs de l’entreprise contribuaient également au bien-être et au maintien des emplois. Personne avec le nom de famille « Krug » ne voulait être celui ou celle qui aurait laissé l’entreprise faire faillite. Miser sur l’effet de levier peut générer plus d’argent pour les propriétaires mais augmente les risques de faillite et les pertes d’emploi. Le risque était trop gros pour valoir la peine d’être pris. Lors de notre visite de l’entreprise nous pouvions voir ses valeurs partout. La plupart des gens étaient payés au rendement, ce qui leur permettait de prendre leurs pauses quand ils le souhaitaient et de travailler plus quand ils le devaient. Lorsque le patron venait leur rendre visite, il les appelait tous par leur prénom et échangeait souvent quelques remarques amusantes. A aucun moment je n’ai remarqué la différence de niveaux ou une attitude d’obéissance que l’on retrouve dans les grandes entreprises. Ces personnes étaient toutes logées à la même enseigne et soudées.

Je viens juste de jeter un œil sur le site de Krug et sur les dernières actualités. Beaucoup portent sur la gestion des préoccupations environnementales et, bien que ma dernière visite remonte dans les années 1980, je ne serais pas surpris que les employés continuent d’appeler leur patron par son prénom. Ce sont des valeurs dont une société peut être fière.

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