Originaire de Lyon (France), Michael est un entrepreneur né, non qu`il soit issu du milieu entrepreneurial mais parce celui-ci s’est imposé à lui avec évidence dès la fin de ses études en commerce et management.

Lui qui s’imaginait de prime abord intra-preneur a rapidement réalisé, en faisant ses premiers pas dans cette voie, qu’il avait besoin de créer son cadre, d’agir en autonomie, et surtout en pleine cohérence avec ses valeurs.

En 2011, alors âgé de 24 ans, il crée sa première entreprise – La Cordée (une communauté d`espaces de travail collaboratifs qui compte aujourd’hui une douzaine d’établissements en France). Mais il ne s’arrête pas là. L’esprit en perpétuelle ébullition, il développe en parallèle d`autres projets, un studio de yoga (la bulle yoga) une boutique collaborative (Co-Local) – avec en tête, toujours l`idée de créer des lieux à forte dimension sociale et/ou environnementale.

Dès le départ, sa démarche d`entrepreneur s`inscrit dans une exigence de cohérence vis-à-vis de la personne qu’il est.

« Durant mes études, j`ai beaucoup pratiqué l’escalade, j’ai voyagé, fait du volontariat… Ces activités, m`ont permis de sortir de ma zone de confort, d`apprendre à bien me connaitre et à me faire confiance. (…) En tant qu’entrepreneur, c’est important de pouvoir se reposer sur soi mais aussi d’être capable de penser en dehors du cadre – sur les grands comme sur les petits sujets. Cette capacité-là se construit par un cheminement individuel, par des lectures, de la philosophie, de la méditation. »

« Je crois qu`on sait fondamentalement ce pour quoi on est fait mais qu`on a souvent peur d’oser y croire, d’affirmer « je suis ça et pas ça. Il faut aller au fond de ce en quoi on croit, faire taire les voix intérieures qui découragent et limitent, tester des choses. »

C`est dans cet état d’esprit qu`au cours de l`année 2018, Michael décide de se lancer dans une nouvelle aventure : partir s’installer à Montréal avec son épouse, d’origine Québécoise.

Il imagine un projet inspiré de son expérience d’apprenti menuisier. « En 2016, en parallèle de mes activités entrepreneuriales, j’avais commencé à apprendre le travail du bois auprès d’un menuisier à la retraite. J`avais adoré l`expérience, la fierté, la confiance en soi, la concentration qu’on développe quand on travaille de ses mains (…). L’idée m`est progressivement venue de lier la création de lieux – qui selon moi ont une vraie capacité à réunir les gens et à faire changer les habitudes – et les travaux manuels. J’avais perçu que beaucoup de gens se sentaient démunis par rapport aux activités manuelles mais qu’il existait en même temps une réelle envie de reprendre le contrôle là- dessus. »

Il visite alors plusieurs lieux en Europe et au Canada, pour s’inspirer et synthétiser avec ce qu’il a déjà en tête.

A son arrivée à Montréal en novembre 2018, Michael choisit de pré-lancer son activité dans des espaces de coworking en expérimentant un produit minimum : une série d’ateliers aux intitulés souvent éloquents (ex : découvrir l’électricité sans brûler sa maison!). Une manière de tester la programmation de ce qui deviendra Les Affûtés

Il se fait connaitre via les réseaux sociaux, le sujet très viral prend tout de suite, le bouche à oreille fonctionne. Les choses se mettent en place très vite.

Les Affûtés ouvrent leurs portes au mois de mai 2019, au 6552 bd Saint Laurent. Plus qu’un lieu, les Affûtés est une communauté de personnes qui font avec leurs mains. Un espace de circulation des savoirs, de développement de la confiance mais aussi de questionnement de notre rapport aux objets. « Être affûté, c’est être posé différemment dans le monde. C`est être serein parce qu’on a le contrôle de son corps et de son environnement. »

On y entre pour apprendre des compétences manuelles variées dans des ateliers collectifs (faire du savon, un meuble, coudre, réparer…), pour réaliser des projets individuels ou en groupe (on trouve sur place des outils, des matériaux vendus à l’unité, des conseils pour concrétiser ses idées), pour réparer des objets (une alternative à l’obsolescence programmée).

Quel que soit son niveau, chacun à sa place. « Personne ne va se moquer de toi si tu ne sais pas manier une perceuse. C`est fondamental pour moi et tout est organisé autour de cela: le look de l’espace, un endroit chaleureux, agencé à la manière d’une boutique artisanale, l’organisation des étages (les machines les plus bruyantes et la grotte à matériaux sont en sous-sol…), le système d’intronisation sur les machines, les tarifs. »

La communauté est animée par une équipe de trois personnes (actuellement) à laquelle se mêlent les experts qui viennent donner des ateliers thématiques. Michael a fait le choix d’un fonctionnement horizontal, respectant un processus de prise décision collective et de circulation de l’information.

Le projet des Affûtés s’inscrit pleinement dans une approche créative de l’entrepreneuriat que Michael assimile volontiers à une forme d`art. « Parvenir à trouver les bons équilibres et à créer quelque chose d`harmonieux est pour moi un aboutissement. Cela s`applique à des choses basiques: trouver le meilleur format d’ateliers, le tarif juste, la meilleure formule pour rémunérer les gens tout en veillant à l’équilibre économique du projet… »

Dans une telle logique, les difficultés font pleinement partie du processus créatif.

« Pour moi, intrinsèquement, l’entrepreneuriat, c’est un éboulement. On est tout le temps en train de contourner le caillou pour trouver son chemin. C’est normal. J’ai été marqué par le livre The Lean start-up, et le principe selon lequel les idées de départ sont des postulats qu’il s’agit de tester. Ça a transformé ma manière d’avancer dans les projets en considérant qu`il n’y a pas de difficultés, seulement des voies avec ou sans issues. Je pourrais prendre pour exemple la recherche de financement qui a été pour le moins cocasse. Malgré mon expérience d’entrepreneur et le succès de mes projets, beaucoup de portes m`ont été fermées au Canada, sans que je comprenne toujours pourquoi. Futurpreneur a fait partie des rares organismes à me soutenir. »

Un véritable parcours du combattant, qui s’est avéré un mal pour un bien car le fait de revoir sa stratégie financière lui a permis de réduire ses dépenses, de démarrer avec une trésorerie plus confortable et donc, d’être plus serein.

Six mois après le lancement du projet, Les Affûtés s’engagent déjà sur la voie de la réussite. Une réalisation que Michael aborde, là encore, avec sagesse.

« D`une manière générale, j’ai du mal à apprécier ce qui est atteint et à ne pas m’inscrire dans une course aux objectifs. J`y travaille! Je suis très heureux du chemin. Je me rappelle il y trois ans, ma joie de découvrir le travail du bois… Être capable de faire partager ça aujourd’hui avec des centaines de personnes est un très grand plaisir. Je suis aussi satisfait d’être parvenu à ne pas reproduire mes erreurs passées, de réussir à avoir une vie bien plus équilibrée et à prendre du temps pour ma petite fille. »

 

L`avenir des Affûtés fait peu de doutes. « Le projet est déjà proche de l’équilibre financier. L’équipe est là, nous avons de très bons retours, on nous sollicite de plus en plus, nous demandant d’ouvrir ailleurs, de proposer d’autres choses ici, de nous rendre chez les gens pour les aider à réparer leurs objets… »

Beaucoup de projets enthousiasmants qui se réaliseront, le moment venu, avec l’art et la manière…

A lire l`article de Michael, publié sur LinkedIn: l’angoisse de l’entrepreneur, un mal incurable?

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