L’acquisition de connaissances en matière de gestion financière est fondamentale pour les entrepreneur-e-s en démarrage.

Dans la sphère entrepreneuriale, la littératie financière est souvent abordée du point de vue des finances de l’entreprise; laissant de côté la question pourtant essentielle de la santé financière personnelle des entrepreneur-e-s.

C’est ce sujet que nous avons souhaité aborder avec Annick Kwetcheu Gamo, fondatrice de Code F.

 

 

Lancée en mars 2019, Code F se donne pour missions de pallier le manque d’offres en éducation financière et de démocratiser cette catégorie de services afin que toute personne, quelle que soit sa situation, soit en mesure de faire des choix financiers éclairés.

D’abord tournée vers l’accompagnement financier des employé-e-s d’entreprise, Code F a récemment développé une offre spécifique pour les entrepreneur-e-s. (comprenant des webinaires, un webmagazine, un kit finances personnelles…) aux fins d’aider les propriétaires d’entreprises à développer une vie financière en dehors de leur affaire et à réduire leur stress financier. L’entreprise intervient sur l’ensemble du territoire québécois.

Récemment, Annick – qui milite pour que les organismes spécialisés dans le soutien au démarrage d’entreprise développent des formations en littératie financière pour les entrepreneur-e-s – est devenue experte Femmessor sur les questions de santé et d’éducation financière et offre du coaching financier aux entrepreneur-e-s qui en ont besoin.

C’est avec la générosité qui la caractérise qu’elle a accepté de dispenser quelques conseils aux entrepreneur-e-s en démarrage :

 

1- Avoir une vie financière personnelle, en dehors de l’entreprise

 

Pour financer leur projet, trop d’entrepreneur-e-s en démarrage contractent des prêts personnels ou augmentent leur marge de crédit personnelle au profit de l’entreprise… confondant ainsi les budgets.

C’est une erreur stratégique potentiellement lourde de conséquences car le taux de survie des entreprises en démarrage est assez faible. D’autre part, les conséquences d’une faillite personnelle et d’une faillite d’entreprise sont très différentes. La faillite d’entreprise affecte l’entreprise qui (quand elle est incorporée) est une personne morale distincte de l’entrepreneur-e. Alors que la faillite personnelle a un impact sur la vie financière de l’entrepreneur-e lui-elle-même, sur ses biens et sa cote de crédit personnelle.

S’il est indispensable d’investir dans son entreprise, il est tout aussi fondamental de ne pas mettre toutes ses ressources financières personnelles dans cette dernière. Souvent les entrepreneur-e-s voient leur côté de crédit affaiblie car ils-elles se sont beaucoup endetté-e-s avant d’aller chercher une aide extérieure pour financer leur projet entrepreneurial.

Plusieurs organismes, comme Futurpreneur, sont spécialisés dans le financement des entreprises en démarrage. Certains d’entre eux – comme le réseau microentreprendre – accompagnent les entrepreneur-e-s ayant un score de crédit réduit. Par ailleurs, le programme STA peut s’avérer intéressant pour aborder le démarrage d’entreprise de manière plus sereine.

Il est important de faire le tour des offres et programmes de financement disponibles à l’intérieur de l’écosystème entrepreneurial avant de prendre une quelconque décision financière.

Les entrepreneur-e-s qui ont du mal à financer leur lancement d’entreprise ont aussi l’option de développer leur projet en parallèle d’une activité salariée pour s’assurer une certaine sécurité financière le temps que l’entreprise soit viable.

 

2-Etablir un budget et définir des objectifs financiers personnels

 

Beaucoup d’entrepreneur-e-s en démarrage estiment qu’ils n’ont pas de budget tant qu’il ne se versent pas de revenus.  Or, si l’entrepreneur-e n’enregistre pas de rentrées d’argent, il-elle a en revanche toujours des dépenses.

L’établissement d’un budget personnel permet à l’entrepreneur-e d’avoir un contrôle sur ces dernières, de les surveiller, d’y mettre une limite, de comprendre aussi comment ces dépenses se font et de catégoriser les frais fixes et les dépenses-plaisir. Cela lui permettra de réduire les dépenses superflues durant les périodes de restriction budgétaire et, lorsque les rentrées d’argent se feront, de dépenser plus intelligemment.

En complément de l’établissement d’un budget personnel, les entrepreneur-e-s on intérêt à définir des objectifs de vie et leurs pendants financiers, en dehors de leur entreprise (ex : acheter une maison, avoir des enfants, prendre sa retraire à 45 ans…) puis d’établir des plans d’action en conséquence. L’entreprise peut être un moyen pour l’entrepreneur-e d’atteindre un objectif de vie mais ne peut constituer son seul objectif financier.

L’accompagnement par un-e professionnel-le (coach financier, fiscaliste…) peut constituer une aide précieuse pour prendre de bonnes décisions financières pour soi et pour son entreprise.

A noter : les entrepreneur-e-s dont les moyens sont limités peuvent se rapprocher d’une Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de leur région.

 

 

3- Briser le tabou de l’argent

 

Encore aujourd’hui, nous avons du mal à parler d’argent. On pense souvent que c’est un sujet réservé aux personnes bénéficiant d’une bonne situation financière.

C’est un point particulièrement important dans un monde où la pression sociale est très forte et où l’image Instagram de l’entrepreneur-e qui travaille 4 heures par semaine et profite des vacances le reste de l’année, fait des ravages.

Libérer la parole autour de l’argent peut contribuer à dissiper la stigmatisation liée aux difficultés financières et permettre aux entrepreneur-e-s de se sentir plus à l’aise pour évoquer leurs problèmes. De la sorte, ils-elles seront mieux à même de trouver des solutions pour développer une bonne santé financière.

 

4- Prendre soin de soi et être à l’affût des signes de détresse financière

 

Dans un sondage mené en 2018 pour le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec auprès de 300 entrepreneur-e-s, 71,5 % des répondant-e-s ont déclaré être en « détresse psychologique élevée ».

La crise que nous traversons est venue accentuer cette problématique, notamment chez les entrepreneur-e-s en démarrage, particulièrement concerné-e-s par l’insécurité financière.

Le stress financier a un impact important sur la santé physique et mentale des entrepreneur-e-s. C’est un cercle vicieux car le mal-être de l’individu a des répercussions négatives sur son entreprise et ainsi de suite. Il est donc important d’être à l’écoute des signes de détresse financière (anxiété, troubles du sommeil, difficultés relationnelles, maladies chroniques…) et d’aller chercher les ressources pour y remédier.

 

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