La mode mais surtout la confection de vêtements sont une vocation pour Marilyne. C’est un feu qui naît dans l’enfance. C’est une histoire de famille aussi, dans la lignée des Baril.

Petite, elle commence par coudre des vêtements de poupées avec sa grand-mère, autrefois chapelière et créatrice de robes de mariées. Puis, elle fabrique des mitaines en fourrure avec son père, militaire et chasseur-trappeur.

Elle prend ses premiers cours de couture à sept ans,  crée sa première robe de mariée à seize… Maryline a toujours su qu’elle serait créatrice de mode. Cela seulement. Entièrement.

Elle débute sa formation professionnelle au CEGEP de Marie-Victorin et se spécialise dans la fourrure. Par la suite, elle étudie trois ans à l’école supérieure de mode de l’UQAM.

Avant de monter sa propre affaire, Marilyne choisit de se tourner vers l’industrie du textile, à la fois pour découvrir la réalité de la fast-fashion et pour prendre le temps de murir. Durant trois ans, elle sera designer de mode pour des grandes enseignes comme l’Aubainerie et Garage – sans pour autant perdre pas de vue son projet personnel.

En 2012, elle quitte son travail salarié. Un an plus tard, et malgré les exhortations à la prudence de son entourage, elle lance sa propre ligne de manteaux Marilyne Baril. Pendant un an, elle bénéficie du programme Soutien au Travail Autonome (STA) d’Emploi Québec. Un accompagnement qui lui permet de débuter avec un filet et d’expérimenter.

A l’automne 2014,  après avoir réalisé que la confection de manteaux n’était pas viable à l’année, elle fonde Marigold, une ligne de vêtements éthiques pour femme, entièrement fabriqués à Montréal.

Son cheminement se fait pas à pas. Au départ, elle vend ses réalisations en ligne ainsi qu`à des magasins de prêt-à-porter, en passant par une représentante de commerce. Elle vit alors dans son atelier, travaille sans compter.

« On fonctionne tous un peu pareil, la première année, on fait notre plan d’affaires, on dépense trop d’argent… On pense qu’investir 5000 dollars dans un défilé va nous donner la notoriété de Chanel, qu’on va avoir des boutiques. Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça du tout! »

Pour démarrer, Marilyne a pu compter sur l’aide de ses parents mais aussi sur différents programmes d’accompagnement entrepreneurial dont celui de Futurpreneur (alors FCJE). « A chaque étape, il existe des aides. Il suffit de faire les démarches ! Il faut sortir de sa caverne! »

Au moment où elle se lance, le secteur de l’habillement connaît un creux important. Qu`importe, Marilyne fait le dos rond, déterminée.

Elle réalise rapidement que l’ouverture d’une boutique devient indispensable si elle veut offrir un produit de qualité, abordable et suffisamment rémunérateur.

« A l’heure actuelle, nous vivons une transition à plusieurs niveaux. Face à la concurrence des grandes chaines comme H&M ou Zara et compte tenu des coûts qu`implique la présence d`acteurs intermédiaires, de plus en plus de boutiques font le choix de développer leur propre ligne. Mais pour en arriver là,  il faut soit, être installé depuis longtemps avec une clientèle établie soit, faire un très gros investissement dès le départ en s’entourant d’une équipe conséquente (pour le design, la  production et la vente). Moi, je ne disposais pas de tels moyens.  J`ai donc dû fonctionner par étapes. Marigold existe depuis six ans et nous avons ouvert la boutique-atelier à Verdun il y a seulement deux mois. »

Elle constate aussi que le métier-même de créateur a évolué. « Auparavant, dans le domaine de la mode, on considérait que le créateur ne faisant que de la recherche et du développement quand les représentants et les boutiques se chargeaient de la mise sur le marché et de la vente des produits. Or, aujourd’hui, le designer doit sortir de son atelier et parler aux clients. Les consommateurs veulent avoir plus pour le même prix, disposer de conseils, de différents canaux pour faire leurs achats (boutiques physiques et en ligne…). Ils posent aussi de plus en plus de questions sur la qualité et la provenance des produits. »

Actuellement, Marigold compte trois personnes: Marilyne et deux assistantes. La petite équipe revêt  tous les chapeaux, du développement des produits (création de modèles, confection des patrons et des premiers échantillons) à la vente, en passant par le marketing.

Marilyne définit la ligne Marigold comme des vêtements pour femme, simples, colorés et dynamiques ayant une touche d’originalité. L’ensemble de son travail repose sur des valeurs d’éthique, de transparence et d’engagement social.

D`une manière générale, les matières bio et durables sont privilégiées et recherchées essentiellement auprès de fournisseurs européens, canadiens et américains bien implantés localement et certifiés. Marilyne a choisi de mettre en place un étiquetage spécifique dans lequel l`histoire de chaque vêtement est retracée et le prix  de vente justifié de manière détaillée.

La production des collections Marigold (environ 1000 unités par saison) est entièrement réalisée à Montréal par une quinzaine de sous-traitants coupeurs, gradeurs, couturières. Une grande équipe, solide des liens tissés depuis de nombreuses années.

Enfin, pour rendre la démarche complète, Marilyne verse un dollar par produit vendu au Book Humanitaire, une fondation à but non lucratif venant en aide aux personnes dans le besoin.

Pour Marilyne,  être entrepreneure signifie avoir la liberté et la responsabilité de ses choix mais aussi être en phase avec ses valeurs. Elle dit apprendre beaucoup «sur le tas». Membre du Conseil d’administration de la Grappe Métropolitaine de la Mode mais aussi du Conseil des Métiers d’Art,  elle se nourrit d’échanges avec des entrepreneurs plus expérimentés et découvre une véritable solidarité à l’intérieur de l’écosystème entrepreneurial.

Quand on l’interroge sur son quotidien, Marilyne répond sans hésiter: «c’est varié, ça change  chaque mois. Globalement, il y a plus de gestion qu’on le pense. Les rushes de confection s’étalent sur deux mois de l’année. Le reste, c`est de la gestion : de production, de mise en marché des produits, de la clientèle.»

Un de ses principaux objectifs est de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée.  « Mon but est d’avoir une affaire qui fonctionne, dont je puisse vivre correctement et qui me permette de déléguer davantage. Je veux créer une équipe, un environnement où chacun sait ce qu’il à faire et peut s’épanouir. A l’heure actuelle, on a juste mis les cartes sur la table avec la boutique. Il y a tant à faire simplement en faisant évoluer l‘entreprise : démarrer des lignes supplémentaires, organiser des ateliers, des panels de discussion sur la mode éthique… »

Marilyne se projette dans une croissance lente et raisonnable. Elle dit avec un grand sourire que l’avenir est brillant… Et on la croit.

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