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Qu’est-ce qu’une entreprise à vocation sociale?

Au sein du secteur grandissant de l’économie sociale, plusieurs termes commencent être reconnus. Toutefois, les différences entre les termes qui se chevauchent peuvent porter à confusion…

Selon la tradition, les projets d’entreprise étaient fondés suivant un ou deux modèles d’affaires dichotomiques. Soit une entreprise commerciale était lancée pour maximiser le rendement financier, ou un organisme de bienfaisance ou sans but lucratif était créé, pour maximiser le rendement social et environnemental. Mais les temps ont changé et, par conséquent, les entreprises ont modifié leurs manières de faire des affaires.

La sensibilité croissante des consommateurs envers les problèmes sociaux, le sens des responsabilités accru des entreprises et une réglementation gouvernementale plus sévère ont favorisé l’émergence d’un nouveau continuum de modèles d’affaires. En Ontario, le Centre MaRS Discovery et SocialFinance.ca illustrent ces types de valeur et, par ricochet, les types de rendement que ces différentes entreprises cherchent à générer aujourd’hui :

Continuum de rendement financier et social1

Aux extrémités de ce continuum polarisé, les entreprises commerciales, aux objectifs de rendement purement commerciaux, s’opposent aux organismes caritatifs, aux objectifs de rendement purement sociaux. Dans l’écart de plus en plus grand qui les sépare, le secteur croissant de l’économie sociale donne lieu à plusieurs autres types d’entreprises.

Le centre du continuum

Des entrepreneurs sociaux mettent sur pied des entreprises qui se situent au centre de ce continuum, entre les rendements purement financiers et les rendements purement sociaux. Ces innovateurs s’efforcent de créer une « valeur mixte », une combinaison non-divisible de valeur financière, sociale et environnementale qui, à son tour, génère un rendement mixte. En fusionnant l’esprit d’entreprise à de solides principes commerciaux et à une volonté d’atteindre des objectifs sociaux et/ou environnementaux, les entrepreneurs sociaux récoltent l’appui des investisseurs et des consommateurs qui partagent les mêmes points de vue.

Les entreprises au centre du continuum mesurent non seulement leur succès en termes de bénéfices, mais également en fonction de leur influence et de leur engagement au sein de leur communauté et de la société. Il s’agit de ce qu’on appelle plus généralement le « triple résultat » – personnes, planète, profit. Apprenez-en davantage sur la mesure de l’impact social.

Qui sont les entrepreneurs sociaux?

Au cours des dernières années, l’intérêt à l’égard de l’entrepreneuriat social a connu une croissance et les propriétaires d’entreprises, comme les dirigeants d’organismes sans but lucratif, ressentent une grande fierté de se distinguer, à titre d’entrepreneurs sociaux. Ces derniers n’hésitent pas à prendre des risques et à innover afin de créer, à l’aide de solides principes commerciaux, des organisations à but lucratif ou sans but lucratif qui répondent à des besoins sociaux ou environnementaux. Ils sont considérés comme des chefs de file en matière de changement social, jumelant un esprit d’entreprise à une préoccupation à l’égard des dimensions « sociale » et économique de leur bilan et reconnaissant que des communautés dynamiques sont essentielles pour assurer un développement et une croissance économiques durables3.

Les entreprises sociales qui naissent de tant d’innovation peuvent aborder tout un éventail d’enjeux locaux ou mondiaux, qu’il s’agisse de logement abordable ou d’agriculture durable, en passant par les projets d’énergie verte, de réduction de la pauvreté, de création d’emplois et d’initiatives de microfinancement.

Tal Dehtiar, un entrepreneur de Futurpreneur Canada, est propriétaire et fondateur d’Oliberté Limited, une entreprise d’Oakville, en Ontario, qui commercialise des chaussures et des accessoires fabriqués en Afrique. Oliberté crée de précieuses possibilités d’emploi en Éthiopie, au Libéria et au Kenya et offre des salaires équitables à ses travailleurs. Du point de vue de Tal, « faire le bien devrait s’intégrer dans notre manière de faire des affaires. Bien que, selon certains principes, Oliberté peut être perçue comme une ‘entreprise à vocation sociale’, je ne vois pas pourquoi les termes entreprise et sociale devraient être considérés séparément. C’est pourquoi nous ne croyons pas faire partie de cette catégorie. »

Comment les entreprises à vocation sociale s’intègrent-elles

Au sein du secteur grandissant de l’économie sociale, plusieurs termes commencent être reconnus. Toutefois, les différences entre les termes qui se chevauchent peuvent porter à confusion, dans cet univers relativement nouveau. Le tableau qui suit présente les trois types d’entreprises qui se situent au centre du spectre.

Termes émergents du domaine de l’économie sociale

Terme Définition Exemple
Responsabilité sociale d’entreprise Forme d’autoréglementation d’une entreprise, intégrée dans le modèle d’affaires, et qui englobe l’objectif d’assumer la responsabilité des actions de l’entreprise et de favoriser un impact positif sur l’environnement, les consommateurs, les employés, les collectivités, les acteurs concernés et autres membres de la sphère publique. Ink Isle envoie à ses clients des boîtes d’expédition prépayées afin de recycler les cartouches d’imprimante en plastique usagées. L’entreprise contribue ainsi à réduire les déchets, tout en répondant à ses objectifs de réutiliser et de revendre les cartouches.
Entreprise à vocation sociale (telle que définie par Futurpreneur Canada et la Fondation Trico) Emploi de principes entrepreneuriaux pour organiser, mobiliser et gérer une entreprise à but lucratif qui s’articule autour d’une mission sociale et dont l’objectif vise à créer une valeur tant sociale qu’économique. DeliverGood assure le lien entre des organismes sans but lucratif qui ont besoin de quelque chose, qu’il s’agisse d’ordinateurs ou d’eau embouteillée, avec des personnes ou des entreprises qui ont des excédents à offrir.
Entreprise sociale/organisme sans but lucratif (tels que définis par le Conseil pour les entreprises sociales du Canada) Entreprises appartenant à des organismes sans but lucratif et qui ont pour objectif de générer des revenus et d’atteindre des objectifs sociaux, culturels ou environnementaux. Les détaillants ReStore, d’Habitat pour l’humanité, vendent des surplus de matériaux de construction neufs et usagés pour beaucoup moins que leur valeur sur le marché, entraînant des effets positifs pour l’environnement. Les recettes servent à financer la construction de maisons neuves au sein de la communauté locale.

Les organisations qui intègrent des pratiques socialement responsables au sein des fondements de l’entreprise réalisent que le fait de contribuer à la résolution d’un problème social est une part importante de leur modèle d’affaires, alors qu’une entreprise sociale est créée dans le but de résoudre un problème social. Une entreprise à vocation sociale chevauche les deux modèles et ce que toutes ces entreprises ont en commun est le fait de reconnaître l’existence d’un problème social.

On observe deux différents types d’entreprises à vocation sociale :

  • l’entreprise à but lucratif créée pour résoudre un problème social;
  • l’entreprise à but lucratif qui, en plus de voir quotidiennement aux différents aspects de son fonctionnement, manifeste une passion dans le fait de contribuer à résoudre un problème social.

DeliverGood, une organisation financée par Futurpreneur Canada, est un exemple d’entreprise à but lucratif, créée pour régler une question sociale. Son fondateur, Robb Price, travaillait pour l’organisme sans but lucratif THE DOORWAY, à Calgary, lorsqu’un incendie a détruit la majeure partie de leur équipement de bureau. Alors que l’équipe se demandait : « Comment dire à la communauté et aux donateurs de quoi nous avons besoin? », des personnes et de petites entreprises offraient de lui procurer quelque chose au lieu de simplement lui donner de l’argent. Les gens aiment constater les bienfaits entraînés par leurs dons : ils ont alors le sentiment très valorisant d’avoir contribué de manière directe à résoudre un problème.

Cette situation a amené Robb à se demander : « Si j’avais quelque chose à donner, comment est-ce que je pourrais trouver un organisme qui en a justement besoin? » En faisant des recherches pour trouver un tel outil, il a découvert qu’il n’existait pas. C’est ce qui l’a incité à mettre sur pied DeliverGood, au début de 2009, « pour créer une efficience dans le traitement des dons de charité, en mettant en contact des organismes caritatifs et sans but lucratif qui ont des besoins avec les gens et les entreprises qui peuvent les aider. »

L’exemple de Blanc Cosmetics, une autre entreprise financée par Futurpreneur Canada, illustre comment une organisation a développé une passion pour la résolution d’un problème social qui la touche de façon particulière, apportant une valeur ajoutée à l’entreprise. Blanc Cosmetics a fait équipe avec Opération sourire, un organisme caritatif international qui aide les enfants, nés avec une fente labio-palatine, à recevoir la chirurgie dont ils ont tant besoin. Une portion des bénéfices engendrés par certains services dentaires effectués par Blanc Cosmetics sont remis à Opération sourire. L’objectif est de recueillir 10 000 $ – assez pour offrir à 42 enfants la chirurgie qui changera leur vie.

Ainsi, DeliverGood, fondée pour résoudre un problème social, a finalement réalisé des profits et Blanc Cosmetics, mise sur pied pour réaliser des profits, a contribué à résoudre un problème social.

Les facteurs qui alimentent le changement

La croissance du secteur de l’entrepreneuriat social et le nombre grandissant d’entreprises à vocation sociale au Canada peuvent être attribuables à deux forces dominantes : le changement d’orientation de l’entrepreneuriat et celui de la sensibilisation sociale et environnementale.

Au Canada, l’activité entrepreneuriale a connu une croissance importante au cours des dernières années. Cette montée est due, en partie, au climat économique actuel et à son impact sur les pratiques d’embauche. En pleine récession, les entreprises ont rompu leur engagement envers leurs employés à temps plein et ont remplacés ces derniers par des travailleurs à contrat, temporaires ou à temps partiel. Alors que de jeunes travailleurs très instruits et surqualifiés rivalisent pour l’obtention d’emplois peu rémunérés et sans avantages, plusieurs sont encouragés ou se trouvent dans l’obligation de concrétiser leur propre projet entrepreneurial.

Les jeunes ne sont pas seulement obligés de se tourner vers l’entrepreneuriat ; ils en font activement le choix. Selon les auteurs d’Impact Investing, « des jeunes très talentueux cherchent de plus en plus à occuper des emplois qui leur permettront de générer des bénéficies sociaux et environnementaux. La course annuelle organisée par l’entreprise au profit d’un organisme caritatif, l’affectation bénévole ou l’approche classique du secteur sans but lucratif, qui ignore le potentiel positif de l’enterprise3, ne peuvent plus satisfaire cette soif. »

L’autre force qui balaie le Canada et le monde est l’importance accordée aux problèmes sociaux et environnementaux. Les gens ont désormais accès à une information immédiate à l’échelle planétaire et les nouvelles, transmises par les médias sociaux et l’Internet, leur permettent d’être mieux sensibilisés sur les questions sociales et de devenir des consommateurs de plus en plus informés, concernés et perspicaces. Grâce à cette conscience sociale renouvelée, les gens détiennent le pouvoir d’exprimer leurs points de vue par les choix qu’ils font, comme consommateurs. Les entreprises doivent, à leur tour, satisfaire les attentes plus élevées des consommateurs en intégrant la responsabilité sociale d’entreprise au sein de leur mandat, alors que l’entrepreneuriat social trouve, pour sa part, un marché de plus en plus réceptif à sa création d’une valeur mixte.

La réorientation de l’entrepreneuriat et de la sensibilisation sociale et environnementale continue de déployer des possibilités prometteuses pour les entreprises à vocation sociale soutenant des changements sociaux qui ont une résonnance auprès d’un public bien informé.

Références

  1. MaRS Centre for Impact Investing et SocialFinance.ca. Your Guide to Social Finance: Are you operating an enterprising non-profit? MaRS Centre for Impact Investing et SocialFinance.ca. [En ligne] [Réf. : le 23 février 2012.] http://socialfinance.ca/guide/am-i-eligible/are-you-operating-an-enterprising-non-profit (en anglais seulement).
  2. Brouard, Francois et Larivet, Sophie, Social enterprises: Definitions and boundaries, Fredericton : Conférence ANSER/ARES 2011 Conference, 2011 (en anglais seulement).
  3. Bugg-Levine, Antony et Emerson, Jed. Impact Investing: Transforming how we make money while making a difference, Hoboken : Jossey-Bass, 2011 (en anglais seulement).

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